venerdì 12 marzo 2010

Fondation France Libertés - Discours de Danielle Mitterrand

Fondation France Libertés - Discours à Choisy le Roi de Danielle Mitterrand
en présence de Jacques Perreux, Vice Président CG Val de marne, Christian Metairie, Maire adjoint d'arceuil, Caroline Mécary, Présidente de la Fondation Copernic, Cécile Duflot, Premier maire Adjoint de Choisy le Roi :

Personne ne peut nier le statut naturel de l’eau, élément constitutif de la planète et du vivant, et qui nous concerne, nous, issus de l’espèce humaine.

Faut-il rappeler que l’homme est constitué de 80% d’eau, et que nous passons les neuf premiers mois de notre vie dans l’eau ?Faut-il rappeler que l’eau est un lien social entre le passé et l’avenir ; elle raconte le vécu de la terre.

L’eau, comme le sang dans le corps humain, relie les éléments de la vie, elle transporte les aliments. Elle rassemble les êtres vivants, et elle est essentiellement un vecteur de solidarité et de paix ?

Et pourtant, en ce début de siècle troublé, où des évènements tragiques et inquiétants se succèdent à un rythme rarement égalé, on peut constater :

- qu’au sein de l’humanité, les plus puissants d’entre nous se soumettent aux diktats de l’argent et de l’économie, trop souvent au détriment d’un essor vital déstabilisé par la misère et le mal de vivre.

- que dans leur folie, certains parmi nous atteignant la démesure, peuvent réellement conduire à la disparition totale de l’humanité


ALORS, IL EST URGENT DE METTRE EN PLACE UN AUTRE MONDE


La question à l’ordre du jour de cette soirée nous place au cœur des enjeux politiques et citoyens concernant l’eau, bien public incontestable. Peut-on confier la gestion de l’eau à des entreprises privées quand on a pris conscience du rôle de cet élément vital pour la continuité de la vie ?

Tout d’abord Il me faut vous parler des Partenariats Public Privé.Lors d’un dernier colloque à Bruxelles la semaine dernière un expert du PPP de chez Pricewaterhouse Cooper nous a vanté tous les avantages que revêtait ce type de partenariat.Formidable.

On nous a expliquer que les Partenariats Public Privé sont l’arme absolue pour des raisons comptables et financières.Comme vous le savez, le traité européen de Maastricht limite à 3% l’endettement des états.Grâce aux PPP, on peut investir pour des infrastructures que cette limite empêcherait normalement de mettre en œuvre.Les PPP permettent en sus de ne pas transformer ces dépenses en investissements publiques.

En quelque sorte, le modèle grec avec Goldman Sachs ?

Planquer des dettes publiques grâce à un artifice comptable, c'est çà la bonne gestion ?

Ou alors, mettons nous en œuvre des politiques dont nous n'avons pas les moyens ?Le problème me semble majeur.La volonté économique néolibérale de l'Europe est de limiter les états à un rôle régalien et de donner au privé la part belle.Avec le PPP nous sommes dans le mélange des genres.Les experts nous vantent un partenariat équilibré, évident, Win Win.

C'est un mensonge.

Pour que ce type de partenariat fonctionne il faudrait le mettre en œuvre dans un équilibre parfait entre les partenaires et faire le choix pour de bonnes raisons.Ce n’est malheureusement jamais le cas.Si les états européens pouvaient mettre en œuvre leurs investissements directement, ils le feraient. Mais ils ne le peuvent pas sous la pression des 3%.

Du coup, une station d'épuration du type de celle de Bruxelles qui coute 900 millions est facturée en PPP à 2 milliards, service compris !!Le PPP c'est magique, le public paye, le public prend les risques pour ses populations, le privé s'enrichit et enrichit ses actionnaires.

De plus , le privé a une telle capacité juridique, de négociation et de communication qu'il noie le public dans des contrats rédigés de mains d’expert.Les multinationales sont prêtes à faire transpirer sang et eau leurs avocats pour avoir gain de cause dans tous les cas. C’est ça le PPP.

Le cas de Bruxelles est intéressant car dans tous les cas, qu’il y ait rupture ou non, que Veolia soit en tort ou non, Veolia ramasse la mise. Il faut changer le système, il faut que le public puisse mettre en œuvre des projets qui lui sont accessibles et non des projets qui, au mépris des générations futures, enrichissent le secteur privé.Il est urgent de s’éloigner d’un modèle qui propose des artifices comptables pour des entreprises multinationales qui ne voient plus que le profit à court terme et la rémunération de leurs actionnaires.

Il est temps de repenser le modèle et de sortir de ce capitalisme qui exerce le nouveau PPP comme dis mon ami Ricardo Petrella, la Privatisation des Politiques Publiques.La légitimité pour assurer à la population l’accès à l’eau pour tous, c’est l’élu présent localement, mandaté par la population pour organiser la vie en commun dans l’intérêt général.Quand le privé doit choisir entre la rentabilité de son contrat et sa mission de distributeur d’eau bien commun de l’humanité pour tous, quel est son choix ?A Bruxelles, ils savent à quoi s’en tenir avec le dossier Aquiris et la station d’épuration de Bruxelles Nord.


Quant on sait tout cela, comment imaginer qu’un haut responsable d’une entreprise multinationale privée, puisse être à la tête de la gouvernance mondiale de l’eau ?C’est le cas actuellement au Conseil Mondial de l’Eau dont la Présidence est tenue par un cadre dirigeant de Veolia.Nous faisons campagne pour mettre fin à ce mélange des genres qui dénature ce lieu prétendu de gouvernance mondiale de l’eau. Sans scrupule elle s’organise comme une foire commerciale pilotée par les multinationales de l’eau avec la complicité de l’Etat.


Je répète encore et encore que l’eau est le bien commun de l’humanité par excellence. Il y a, seulement quelques décennies, personne ne s’intéressait à cette question de l’eau ; aujourd’hui tout le monde s’en préoccupe. Pour autant nous n’avons pas tous la même utilisation des mots.

Quand le président du Conseil Mondial de l’Eau dit, je cite le journal Libération du 1er février 2010 : « l’eau c’est la vie parfois la mort mais surtout le pouvoir et l’argent » il donne une position néo libérale classique, on le comprend venant d’un haut cadre de multinationale.Pourtant le Conseil Mondial de l’Eau se présente sur internet comme ceci, je cite : « Le Conseil mondial de l’eau s’attache à la sensibilisation, au développement d’une mobilisation politique et à la mise en place de stratégies efficaces sur les problématiques de l’eau, à tous les niveaux, incluant les plus hautes sphères du processus décisionnel, ainsi qu’à encourager la conservation, la protection, le développement, la planification, la gestion et l’utilisation de l’eau dans tous ses aspects dans un contexte de développement durable basé sur le bien-être de tous les êtres vivants sur la terre ».

Dans ce grand écart qui existe entre le message et l’action réelle, n’y a-t-il pas trahison du fondement même de ce que devrait être une gouvernance mondiale de l’eau pour tous ? Il est urgent de statuer au niveau international pour la disparition du Conseil Mondial de l’eau, la création d’une Haute Autorité Mondiale de l’Eau indépendante qui fasse que la privatisation de la gestion de la ressource en eau appartienne au passé.

Seul l’espace de gestion publique est en capacité de faire des choix qui ne soient pas que rentable et que source de profit afin protéger nos concitoyens de catastrophes telles que celle de Bruxelles aujourd’hui. Que les entreprises soient prestataires de service et soient rémunérés en conséquence, soit. Mais que la gestion soit du ressort du pouvoir public sous son strict contrôle régulier.

Hélas, l’actualité montre que les Entreprises privées ont tôt fait de tuer une rivière ou une forêt pour que leurs intérêts financiers ne soient pas mis à mal. C’est éthiquement et écologiquement inacceptable, voire criminel.Sachez qu’avec ma Fondation France Libertés, je continuerai à plaider pour que l’eau ne soit pas traitée comme une marchandise mais comme bien commun, vecteur de vie.

Je vous remercie


Danielle Mitterrand

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